Merci infiniment pour votre commentaire ♥Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter: » Comme un battoir laissé dans le bleu des lessivesJ’ai tout appris de toi comme on boit aux fontainesJe l’ai dit sans calcul je l’ai dit d’un seul traitDebout dans les tombeaux des couples qui s’aimèrentAilleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nuesProse du bonheur et d’Elsa … (Que serai-je sans toi) Le mort-vivant du passé va authentiquement ressusciter, naître une seconde fois.
On en trouve une admirable illustration dans ce texte.
« Prose du bonheur et d'Elsa » est l'évocation de cette métamorphose du poète, arraché à la solitude et au désespoir par l'amour. => La vie d'Aragon sans Elsa serait celle d'un mort-vivant. Il fonde en 1919 la revue « littérature » avec Philippe Soupault et André Breton. C'est un membre du mouvement Dada et du mouvement surréaliste. => Pourtant, cette angoisse de la solitude, du vieillissement et de la mort peut être conjurée. Existence peu à peu réduite (restriction de la tournure « Que serais-je sans toi que ... », v. 3, 5,6) arrêtée (métaphores du cœur et de la montre dans la première strophe), pétrifiée (« Quand ton pied s'y posa je n'étais qu'une pierre », v.15), étouffée (le « balbutiement «, v.6), supprimée (« L'escamoteur qu'on fait à son tour disparaître » (v.9) => Le passage du registre humain (« Un bonhomme », v.7) au registre animal (« le cheval », v.12) puis à l'inanimé (« une pierre », v.15) traduit également cette dégradation. => Pourtant, cette angoisse de la solitude, du vieillissement et de la mort peut être conjurée. « Prose du bonheur et d'Elsa » est l'évocation de cette métamorphose du poète, arraché à la solitude et au désespoir par l'amour. Je comprends parce que cette chanson me touche infiniment – Suis ravie qu’il en soit de même pour vous Tatoune. Une partie des strophes a été utilisée par le chanteur et compositeur Jean FERRAT pour sa chanson « Que serai-je sans toi »
bonheur-du-jour
Et ici Ferrat transpose « prose du bonheur et d’Elsa » dont il ne retient que 4 strophes, long poème ou Aragon s’adresse à sa muse et épouse depuis 1939 Elsa Triolet.
=> A la vision de la vie sans Elsa (« Je vois parfois celui que je n'eus manqué d'être », v.10) s'oppose le souvenir réconfortant de sa rencontre (« toi qui vins à ma rencontre », v.3 ; « Si tu n'étais venu changer ma destinée », v.11). Sa première pensée appelle son amour Elsa L’aurore a brui du ressac des marées Elsa Je tombe Où suis-je Et comme un galet lourd L’homme roule après l’eau sur les sables du jour Donc une fois de plus l’amour s’est retirée Abandonnant ici ce corps à réméré . => Mais à travers ces portraits rapides esquissés avec ironie en un vers, ce qui affleure, c'est la crainte de l'inerte, de la mort elle-même. Elle a inspiré au poète un chant d'amour de plus de trente-cinq ans. => La rencontre est un mouvement qui rompt le cercle du malheur et qui redonne vie en soignant les blessures du passé (« Et n'avais relevé le cheval couronné », v. 12). Cauchemar d'une vie sans amour suggéré par l'image du « cœur au bois dormant » (v.5), angoisse d'une vie sans espoir immobilisée dans le temps (« cette heure arrêtée au cadran de la montre » , v.4), vie sans perspective, sans ouverture (« Un bonhomme hagard qui ferme sa fenêtre », v.7), sans communication (« ce balbutiement », v.6), existence vouée au démon de la nostalgie (« Le vieux cabot parlant des anciennes tournées », v.8) et à l'humiliation de la souffrance (« le cheval couronné », v.12) => L'utilisation d'un lexique dépréciatif dévalue encore cette vie marquée par le vieillissement prématuré (« Un bonhomme hagard », v.7 ; « Le vieux cabot », v.8) et l'absence d'authenticité (« L'escamoteur » v.9). Louis Aragon. Le roman inachevé est un long poème publié en 1956 dans lequel Aragon fait un retour en arrière sur sa vie, établit une sorte de bilan provisoire, analyse ses évolution et s'interroge sur le sens de son parcours d'homme et d'écrivain. Dans l'extrait composé de trente alexandrins regroupés en cinq sizains s'élève un « cantique à Elsa », l'inspiratrice inespérable de l'écrivain.
=> S'ouvre alors pour le poète, l'ère de la métamorphose. Louis Aragon est un poète, romancier et journaliste, né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris. Avec André Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, il fut l'un des animateurs du dadaïsme parisien et du surréalisme. => Le pouvoir de l'être aimé est précisément de donner la vie, de changer le cours du temps et du destin (« changer ma destinée », v.11). => On peut noter la rime significative entre « être » et « disparaître » ( deuxième strophe, v.7,9 et 10).